Il Canto Dei Suicidi

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Il Canto Dei Suicidi 2019
Vincent Ciciliato et Christophe Havel
Environnement interactif en réalité virtuelle
Le Chant XIII de la Divine comédie est ici librement réinterprété. Le récit original nous informe que les âmes des suicidés se retrouvent plongées en Enfer réincarnés en arbres aux branches sinueuses. Condamnés à cette fixité éternelle, ces entités mi-végétales mi-humaines subissent l'appétit des harpies qui les supplicient en dévorant leurs branchages. Le sang qui en jaillit est le symptôme de leur amputation. Les âmes des suppliciés retourneront sur Terre lors du Jugement dernier, mais seront condamnées à errer sans le corps qu'elles avaient rejeté lors de leur ancienne vie terrestre. Le chant des suicidés s'appuie sur divers motifs présents dans le récit de Dante : le cycle perpétuel du châtiment ; la réincarnation en végétal ; l'amputation par dévoration ; la domination des harpies ; la séparation des âmes de leur corps lors du retour sur Terre le Jour du Jugement dernier. Á ceux-là s'ajoutent deux motifs supplémentaires : 1 – l'acte même du suicide ; 2 – la période qui précède l'acte. Ces motifs sont re-contextualisés dans un environnement unitaire au sein duquel le spectateur peut circuler librement (sur le sol et dans les airs).
Art Zoyd / CIEREC
Réalisation visuelle : Vincent Ciciliato / Composition musicale : Christophe Havel / Programmation : Oudom Southammavong Hamid Armani, Vincent Bartisol
Musée d'Archéologie de Grenoble
Vendredi 28 mai de 10h à 17h, Samedi 29 mai de 10h à 18h
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Vincent Ciciliato

Biographie

Vincent CICILIATO est artiste multimédia et enseignant-chercheur en arts numériques à l'Université Jean Monnet de Saint-Étienne, membre du laboratoire ECLLA. Après des études doctorales, fortement articulées avec l’exploration plastique des nouveaux médias, il participe entre 2010 et 2012 au cursus de formation du Fresnoy – Studio national des arts contemporains. À travers la fabrication d’espaces scéniques composites et de huis-clos troublés, il s’emploie à explorer certains traits symptomatiques d’un corps contemporain aux prises avec le sentiment de perte de soi. Ses figures, mécanisées, bouclées dans leurs déploiements gestuels, voire électrifiées à l’extrême, attestent à la fois de la capacité qu’ont les machines à affecter la nature temporelle des postures individuelles et leur existence relationnelle, ainsi que la manière avec laquelle elles contraignent le sujet dans un sentiment constant de dépersonnalisation.

Approche Générale

À travers la fabrication d’espaces scéniques composites et de huis-clos troublés, Vincent Ciciliato s’emploie à explorer certains traits symptomatiques d’un corps contemporain aux prises avec le sentiment de perte de soi. Ses figures, mécanisées, bouclées dans leurs déploiements gestuels, voire électrifiées à l’extrême, attestent à la fois de la capacité qu’ont les machines à affecter la nature temporelle des postures individuelles et leur existence relationnelle, ainsi que la manière avec laquelle elles contraignent le sujet dans un sentiment constant de dépersonnalisation.

Avec A remake of Saló, pièce vidéographique musicale et générative réalisée avec le compositeur Fabrice Planquette, en 2008 (co-production CITU/ARCADI), il engage de front une réflexion sur la technique en tant que système de cruauté. En reprenant plusieurs motifs scéniques du film Saló ou les 120 journées de Sodome (1975) de Pier Paolo Pasolini, il construit un théâtre allégorique où chacune des actions des personnages est émiettée, "glitchée", en d’innombrables micromouvements visuels et sonores. Des gestes en tant que témoins allégoriques de la machine programmatique qui en contrôle, de manière totalisante, l’activité individuelle.

Il poursuit ses recherches sur le geste contraint dans sa pièce Ordinary Compulsions, diptyque vidéographique réalisé en 2011 lors de sa première année au Fresnoy – studio national des arts contemporains de Tourcoing. En partant de son expérience personnelle du trouble obsessionnel compulsif, c’est l’intuition subjective de la répétition qui est interrogée dans son rapport conflictuel avec l’espace.

Par cette articulation tendue entre corps et espace, se noue ici un rapport étroit entre le sentiment de présence - où « être-là » - et l’éventualité de la disparition. Avec l’installation interactive Tempo Scaduto (Time over), réalisée également au Fresnoy, en 2012, en collaboration, pour le dispositif d’interaction, avec l’équipe MINT (INRIA/IRCICA/Lille 1), Vincent Ciciliato arpente les souvenirs de son enfance sur les terres siciliennes, au cours des années 1980, lors de ce que l’on nomme communément la « seconde guerre de mafia ». Un territoire partagé entre la possibilité de son occupation ludique et un contexte répété d’exécutions sommaires dans l’espace public. En reprenant les codes du jeu de tir d’arcade du type light gun shooter, Tempo Scaduto remet en scène la brutalité d’un geste (tirer sur une cible innocente et l’éliminer du récit), ainsi que son absurde banalité, mais qui, paradoxalement, permettra au spectateur d'accéder au contenu narratif de l’œuvre.

Ce rapport symbolique au geste interactif occupera une large partie de ses pièces ultérieures. En 2017, il réalise la miniature interactive Le trouble d’Argos, en collaboration avec le laboratoire Hubert Curien et les ingénieurs de TELECOM Saint-Étienne (Université Jean Monnet). L’interaction se cristallise ici autour du regard du spectateur. Par le déplacement de ce dernier, celui-ci découvre un décor miniature qu’il éclaire littéralement avec ses yeux. La miniature dévoilée par cette observation « active » et intentionnelle met en scène Argos, personnage mythologique possédant d’innombrables yeux, et dénommé à juste titre Panoptès, « celui qui voit tout ».

La relation directe au sujet de la scène interactive sera également interrogée dans le portrait Discursive Immanence, réalisé en 2018. « Oracle » technologique reposant sur l’échange dialogique entre le spectateur et un personnage fictif, l’œuvre interroge les rouages relationnels qui permettent la fabrication du discours. À partir de la supposition d’une reconnaissance vocale effective, le spectateur est amené, par un jeu de questions/réponses, à composer une relation logique entre les deux subjectivités mises en scène : la sienne, et celle du personnage qui se trouve face à lui.

Dans l’ensemble de ses travaux, comme dans sa dernière œuvre immersive en réalité virtuelle Il canto dei suicidi (Le chant des suicidés), réalisée en 2020 avec le compositeur Christophe Havel (production Art Zoyd Studio/SCAM), la relation à la création sonore et musicale est fondamentale. Depuis se premières pièces numériques, il réalise une large partie des environnements sonores de ses œuvres en abordant la relation son/image comme constitutive de leur dramaturgie. Parallèlement à son activité de vidéaste, il investit depuis le milieu des années 2000 le domaine musical en tant que compositeur et instrumentiste.

Vincent Ciciliato est également chercheur et enseignant en Arts numériques à l’Université Jean Monnet de Saint-Étienne. L’ensemble de son parcours de formation est caractérisé par une articulation forte entre laboratoires de recherche universitaires et centres de création artistiques. Après un D.E.A. en Arts numériques à l’Université Paris 8, il participe au post-diplôme A.R.I. (Atelier de Recherche Interactive) de l’École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs, où il se forme à la programmation de dispositifs interactifs. En 2010, il soutient sa thèse d’Arts plastiques à l’Université de Picardie Jules Verne, à Amiens, où il explore, par la production d’œuvres vidéographiques et une recherche analytique, la notion de glitch et son rapport avec ce qu’il désigne une esthétique du micro-mouvement. De 2010 à 2012, Il poursuit ses recherches au sein du Fresnoy – Studio national des arts contemporains.

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Christophe Havel

Biographie

Christophe Havel est compositeur et musicien électroacousticien. Après des études scientifiques et musicales à Paris et à Bordeaux, Christophe Havel choisit de s’installer à Bordeaux où il participe activement à la vie musicale, en particulier avec l’association Proxima Centauri dont il est membre fondateur et co-directeur artistique, et avec le Scrime dont il a repris la direction artistique en septembre 2011. Depuis 1991 il y enseigne la composition électroacoustique au Conservatoire à Rayonnement Régional. En 2003 il est nommé professeur de composition à l’École Supérieure de Musique de Catalogne à Barcelone (esmuc) et de 2004 à 2011 il rejoint l’équipe professorale de Musikene, l’École Supérieure de Musique du Pays Basque à San Sebastian, comme professeur de composition électroacoustique.

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